Comment avez-vous eu l’idée de créer ce supermarché bio en ligne ? Quelles ont été vos motivations ?
Jean-Louis Lamy et sa femme Patricia sont les heureux créateurs de Couleursbio.com, un site de vente de produits bios en ligne, lancé en octobre 2005. Après avoir goûté au bio chez des amis et, convaincus par le goût et la qualité des produits d’une part, soucieux de la santé de leur petite fille après les différents scandales qui ont éclaboussé l’agriculture industrielle d’autre part (pesticides, obésité, diabète, hormones, dioxine…), ils se sont lancés dans l’aventure en juin 2005. La vente en ligne s’est imposée comme une évidence du fait de ses moindres coûts d’installation et de gestion. Sa femme étant tombée gravement malade, en attendant sa complète guérison Jean-Louis est seul à la barre du navire. Manchois d’origine (« sans doute la proximité d’une centrale et d’une usine de retraitement nucléaire a-t-elle favorisé mes convictions bios », glisse-t-il dans un sourire), Jean-Louis a eu un parcours varié qui l’a vu exercer dans la restauration ou bien encore dans la livraison de fleurs.
Parlez-nous de votre partenariat avec l’Hôtel Gavarni. Quels produits lui fournissez-vous ?
L’idée de démarcher les hôtels faisait partie de la stratégie de développement de Jean-Louis mais, faute de temps, il n’a pu contacter tous les hôtels susceptibles d’être intéressés. Aussi est-ce l’hôtel, à la recherche d’un fournisseur de fruits frais capable de livrer deux fois par semaine pour la réalisation de la salade de fruits du petit-déjeuner, qui l’appela le premier. La collaboration a démarré avec les fruits en juin 2009 puis s’est développée avec les œufs, le fromage…Afin d’étoffer la gamme, Jean-Louis cherche inlassablement producteurs, références, emballages adéquats, privilégiant systématiquement le local et l’artisanal car, dit-il « je peux mieux suivre et répondre de la qualité des produits ».

Vous vous occupez de toute votre entreprise seul (livraisons, marketing, site Internet…). Quel est votre secret ?
« Effectivement je m’occupe de la gestion administrative, de la comptabilité, des commandes, du site internet, de la livraison…seul ! Mon unique secret est de ne dormir que 4 à 5 heures par nuit ! »
Comment envisagez-vous l’avenir du bio, et notamment dans la grande distribution ?
L’avenir du bio est forcément conditionné au soutien et au volontarisme mis dans son développement en France et à l’étranger ainsi que par la qualité des contrôles associés. Sans volonté politique de subventions fortes et d’incitations diverses à la reconversion des agriculteurs vers le bio, sans la diminution de l’agriculture intensive et de ses dérives, sans une réflexion sur le bien fondé d’importer des fruits, des légumes ou de la nourriture pour animaux de pays lointains, sans une réponse ferme aux OGM, il n’y a pas d’avenir rose à espérer à court terme. La demande de produits frais, de saison, bios ou au moins gérés et produits en accord avec la nature est très forte (+ de 25% de hausse en 2008), il n’y a qu’à voir le succès sans précédent des AMAP et autres Campaniers et paniers bios livrés chaque semaine. La production locale a l’avantage de générer peu de pollution, de favoriser les liens entre les habitants et les producteurs locaux, de maîtriser les coûts et de rémunérer de manière équitable les producteurs… C’est une réponse possible au mal être des petits producteurs face au pouvoir énorme des centrales d’achat de la grande distribution et aux bénéfices en chute libre qui en découlent. Évidemment celle-ci a son mot à dire. Les grandes enseignes font certes parfois baisser les prix du bio, mais qu’en est-il de la provenance de ceux-ci ? Si le label AB garantit a priori la qualité des produits, des questions se posent dans certains pays. Sans jeter la pierre à qui que ce soit, que penser des pommes de terre « bios » venues d’Égypte, produites en masse, ou des hectares de fruits et légumes « bios » cultivés sous serre en Espagne ? Comment peut-on contrôler la production intensive d’hectares de fruits et légumes bios avec une visite annuelle et quelques inspecteurs disponibles ? Pour ma part, je fais extrêmement attention à la provenance des produits que je vends et lorsque j’ai un doute, j’évite. J’ai quelques grossistes qui font eux-mêmes des tests en laboratoire lorsqu’il y a un doute. Je ne suis pas inquiet concernant les fruits et légumes, je sais que je serai toujours moins cher que la grande distribution car mes fournisseurs sont des producteurs locaux, mais pour le reste je me pose des questions. Il est à espérer que le Grenelle et sa suite vont enfin se pencher de manière sérieuse sur la faiblesse française en matière de production bio (2% de la surface en France contre 6% en moyenne en Europe, 8% en Italie et même plus de 11%en Autriche).
Mon plus grand bonheur, c’est de voir, parmi mes clients, des enfants jadis grands consommateurs de barres chocolatées se jeter sur mes fruits bios. Cela récompense toutes mes peines !